Mon parcours flamboyant en chamanisme
- lucebarrault
- il y a 15 heures
- 8 min de lecture

Suis-je chamane ??
C’est une question que l’on me pose souvent, et ma réponse est toujours la même : non.
Pour moi, il n’y a pas à discuter (pour mes proches, ce n’est pas le cas, mais peu importe). L’honnêteté est une de mes valeurs, et j’y tiens fort.
Le chamane est quelqu’un qui a été initié par un autre chaman selon une tradition, qui est reconnu par une communauté, qui interfère avec les esprits du monde invisible pour le bien d’autrui ou, plus généralement, du groupe.
A mon niveau, si je coche bien ce dernier critère, je ne remplis pas les premières conditions. J’ai eu une initiation, sûr, mais pas par un chaman reconnu, et mes expériences y ont été beaucoup moins spectaculaires que ce que l’on peut lire dans des témoignages auprès de chamans reconnus, de Mongolie, d’Amérique du Sud ou d’ailleurs. Je n’ai pas voyagé, je n’ai pas rencontré ces grands hommes ou ces grandes femmes; je n’ai pas été "reconnue".
Au mieux, je concède que j’ai des "pratiques chamaniques".

Une numérologue-medium m’a dit un jour que j’avais été chamane à de nombreuses reprises lors de vies antérieures, en de multiples endroits du globe. En Afrique, en Amérique (Sud et Nord), chez les Inuits, en Indonésie, en Mongolie, etc.
C’est possible.
En voyageant dans le monde chamanique, j’ai aussi eu le message que je devais retrouver la connaissance qui a été accumulée au fil de ces vies par mes propres moyens, ce qui explique pourquoi je n’ai pas de maître, de mentor, de professeur - ce que je regrette profondément. Ce serait sans doute plus simple d’être guidée plutôt que de chercher mon chemin à tâtons, plus simple d’avoir en direct les réponses à mes questions… Même si la lecture de Castaneda et d’autres témoignages d’initiation m’ont montré que ce chemin n’est pas du tout confortable et qu’on n’a pas toujours les réponses à ses questions, ou du moins pas aussi clairement qu’on le souhaiterait.
Le départ du feu : Castaneda et Cévennes
Castaneda, justement… C’est par cette lecture que j’ai commencé ma route dans ce monde.

J’avais 20 ans. J’étais amoureuse d’un homme qui était dans un groupe d’exploration spirituelle en chamanisme (même si, à l’époque, on appelait ça "sorcellerie", en référence à don Juan, le sorcier yaqui qui initiait Castaneda, Castaneda dont les ouvrages constituaient une sorte de bible, une solide référence), dans une communauté au milieu des Cévennes qui, par ailleurs, versait dans l’élevage de chèvres et la confection de pélardons. Ce groupe se nommait pompeusement « clan » et était composé, au moment où je suis arrivée, de trois personnes. Ils avaient conscience que c’était trop peu, qu’il était nécessaire de l’étoffer pour qu’un équilibre entre les énergies et les personnalités puissent s’opérer, mais ils n’osaient trop en parler autour d’eux.
Aussi ai-je été très flattée lorsqu’ils se sont intéressés à moi, lorsqu’ils m’ont proposé de les rejoindre.
Soyons honnête, là aussi : si Pierre* n’avait pas été là, jamais je n’aurais rejoint ce groupe. J’étais bien loin d’une telle recherche à l’époque, tâtonnant déjà suffisamment comme cela dans la vie sociale et identitaire. L’ambiance occulte du groupe m’effrayait un peu, même si en même temps, il me plaisait bien de mener une vie en partie cachée aux personnes qui pensaient me connaître, surtout aux membres de ma famille, et en particulier à ma mère. J’adorais être avec les chèvres, j’adorais cette vie au contact brut avec la nature, et j’étais amoureuse. Je me suis donc engouffrée dans la voie qu’on m’ouvrait, sans réfléchir plus que cela, avec toute la fougue de la jeunesse et l’intégrité de mon caractère.

J’ai dévoré les livres de Castaneda, tous. Tous ceux qui étaient sortis à l’époque, bien sûr.
A commencer par "L’herbe du diable et la petite fumée", que l’on m’avait recommandé de lire avec un certain détachement « parce qu’il était bien con à l’époque » (sic).
Puis j’ai attaqué ce que je considère comme la "vraie" œuvre :

- "Voir – les enseignements d’un sorcier yaqui"
- "Le voyage à Ixtlan"
- "Histoires de pouvoir"
- "Le second anneau de pouvoir"
- "Le don de l’aigle"
- "Le feu du dedans"
(puis est paru "La force du silence", pendant cette période).
Pendant un an, j’ai lu et relu ces livres, sans plus pouvoir en ouvrir un autre.
Parallèlement, nous faisions des expériences tâtonnantes… Nous tentions des voyages intérieurs (sans tambour, à l’époque!), nous exercions notre vision extra-sensorielle, nous tentions diverses choses telles que la sweat lodge (hutte de sudation), construite avec les matériaux du coin, ou une cérémonie des 4 feux (un pour chaque direction) lors du solstice d’hiver, maintes et maintes choses. Une fois partie sur le chemin, je me suis donnée à fond, et je me souviens de ce sentiment d’aller très vite dans cette voie, et de ma déception que les autres n’avancent pas au même rythme.
C’était que si moi, j’étais "à fond", préoccupée par mes études d’une part et l’avancée sur ce chemin d’autre part, confusément déçue que Pierre* ne partage pas mes sentiments, et simplement déterminée à tracer ma route, les autres avaient bien d’autres préoccupations… D’autres participants nous avaient rejoints, et les animosités au sein du groupe commençaient à se faire sensiblement ressentir. De plus, l’activité de confection de fromages de chèvre ne suffisait pas à nourrir tout le monde, et les tensions financières imposaient des concessions.
Bref, au bout d’un peu plus de trois ans, le groupe a explosé, y compris au niveau géographique. Je me suis retrouvée à Strasbourg, dans un petit appartement, seule – les autres étaient loin et je n’étais plus en contact avec eux.
La chute a été brutale, j’avoue !

L’étouffement progressif des flammes
J’ai été un temps portée par l’élan, mais je me suis vite laissée rattraper par mes névroses. Je déprimais sévèrement, dans ce pays si différent, au climat si rigoureux, peuplé de gens au dialecte étranger, solitaire dans cet univers urbain… Non pas que je n’ai pas rencontré des personnes sympathiques, voire même amicales, avec lesquelles des liens sincères ont pu se tisser, mais c’était tellement loin de l’intensité de ce que j’avais connu auparavant ! Et la recherche "parallèle" ne se faisait plus.
J’étais encore portée par ce que j’avais rencontré, imprégnée du monde castanédien, pleine des souvenirs de ce que j’avais vécu, mais cela ne faisait plus partie de mon quotidien. J’étais triste. Me retrouver seule dans mon F2 ne me plaisait pas, je passais mon temps dans les cinémas, librairies, conférences diverses proposées par l’université à tout public.
J’ai plongé dans une belle déprime, dont j’ai pu me sortir en trouvant un autre emploi, à un troisième bout de la France, à Rochefort (en Charente Maritime).

L’océan m’a apaisée, m’a réconciliée avec la vie, et puis j’ai rencontré d’autres gens, j’ai vécu d’autres choses, la vie a de nouveau pu s’imposer, je me suis installée en couple, j’ai eu des enfants, on a acheté une maison… Castaneda et la recherche spirituelle étaient bien loin !!
J’ai eu une période très heureuse, très différente de celle de mes 20 ans qui était pourtant aussi une période très heureuse.

Et, comme pour la première, tout s’est effondré brutalement, et, comme pour la première, je me suis effondrée avec.
Les cendres
S’en est ensuivie une période abominable (j’ai appris ensuite que l’on pouvait l’appeler "la nuit sombre de l’âme" - cf mon autre article de blog https://www.lucebarrault.com/post/mon-chemin-de-la-d%C3%A9pression-%C3%A0-la-psychoth%C3%A9rapie-chamanique ).
C’était de la non-vie, de la non-mort, juste de la souffrance.
Horrible.

Je ne sais comment, j’ai réussi, à un moment, à trouver l’énergie d’aller vers la voie qui me faisait de l’oeil à ce moment-là, la psychothérapie, à me former auprès d’une femme, Geneviève François, qui m’a beaucoup aidée, à mener ma thérapie jusqu’à aller mieux, jusqu’à trouver la force de sortir de la nuit, jusqu’à apercevoir l’aurore…
Sous les cendres, la braise
J’ai rejoint un groupe de "recherche spirituelle", là aussi - tellement différent de celui de ma jeunesse, sans communauté, sans chèvres, sans montagnes, mais qui a rallumé quelque chose qui couvait en moi depuis toutes ces années. J’ai commencé à avoir mes premiers messages en channeling, et puis un tambour est apparu dans le groupe, et puis il y a eu une journée en yourte, et puis…
Mine de rien, quelque chose couvait.
Mon aventure avec le groupe s’est arrêtée pour cause d’incompatibilité de caractères avec la thérapeute qui le menait, mais je sentais bien l’énergie qui recirculait en moi et me parlait une langue jadis complice.

Et puis, au travail, j’ai raconté à une collègue avec laquelle je m’entendais particulièrement bien mes "aventures" cévenoles qui commençaient à sérieusement dater. Elle m’a dit qu’elle avait entendu parler d’un week-end chamanique près de Rochechouart, avec hutte de sudation et tambours, au milieu de l’été. Elle m’a envoyé les références… et je me suis inscrite.
Le feu redémarre de plus belle
Ce fut comme si je rentrais à la maison… Pourtant, je ne connaissais absolument personne, dans ce groupe ! Aucune participante, aucune animatrice. Moi de nature si sauvage, j’étais à l’aise comme un poisson dans l’eau dans cet univers.

J’ai adoré les voyages au son du tambour.
J’ai renoué avec bonheur avec la hutte de sudation – il m’a semblé que l’expérience était encore plus intense que dans ma jeunesse, avec des sensations très fortes de lien avec la terre dont je ne me souvenais pas.
J’ai eu l’impression de parler avec mes sœurs, dans ce groupe, avec des complices, avec des amies.
Ça m’a emballée !
J’ai continué à fréquenter plusieurs d’entre elles de retour sur Poitiers, et une des accompagnatrices qui avait la bonne idée d’animer des cercles, et puis qui a proposé de nous former pour l’utilisation du tambour, et puis qui a reproposé un week-end en Haute-Vienne avec son amie, et puis avec laquelle, peu à peu, des liens d’amitié se sont tissés. Elle m’a appris beaucoup, beaucoup – et plus je le fréquentais, plus je me sentais "chez moi", dans un univers qui me correspondait intimement, avec des rencontres qui me nourrissaient en profondeur.

C’est ainsi que j’ai commencé à voyager dans le monde d’en bas, dans le monde d’en haut, dans le monde du milieu, c’est comme ça que j’ai pu rencontrer les animaux de pouvoir et recevoir leurs enseignements, et aussi les guides, et les ancêtres, et aussi les êtres élémentaires (fées, sylvains, vouivre, etc.). C’est ainsi que j’ai touché au tambour, que j’ai appris à l’utiliser, à faire des soins, à nouer une réelle relation de complicité avec lui.
Le brasier
Diverses circonstances m’ont conduite à abandonner mon travail salarié d’ergothérapeute et à m’installer en libéral. Au début, mon idée première était de mener des psychothérapies, en proposant en parallèle des soins au tambour, mais de façon plutôt occasionnelle.
Petit à petit, le tambour a pris de plus en plus de place. Au point, finalement, d’être intégré dans les psychothérapies, parce qu’il offre une possibilité fantastique de lâcher le mental et d’entrer en état modifié de conscience, ce qui est souverain pour aller déraciner les causes du mal et trouver les ressources en soi pour aller mieux dans sa vie. Le monde chamanique est plein de ressources, plein d’esprits qui ne demandent qu’à nous aider pourvu qu’on aille le leur demander.
Le monde chamanique, le tambour, les esprits, font à présent partie intégrante de ma vie, tant personnelle que professionnelle. J’avance sur ce chemin, je me surprends à entrer en transe quasiment immédiatement dès que le tambour bat, à produire une langue étrange, inconnue, gutturale, qui vient je-ne-sais-d’où, à siffler, bailler, chanter, tousser, à visualiser toutes sortes d’animaux et d’êtres qui agissent, à trouver des informations importantes pour la personne qui est là, et ainsi à contribuer à ce que cette dernière aille mieux.
C’est comme si je n’avais plus le choix, à présent.
Comme si le chamanisme avait allumé un brasier en mon coeur, un feu intérieur qui me porte, qui m’anime, qui révèle la personne que je suis.

J’ai eu beaucoup de chance.
J’ai rencontré de nombreuses personnes qui ont su m’aider pour que je trouve enfin ce chemin qui est le mien. Je les remercie du fond du coeur, ainsi que tous les esprits qui me guident au quotidien, et ce depuis toujours.
Je remercie tout particulièrement toutes les personnes qui viennent recevoir un soin chez moi, les patients qui me font confiance et que j’appelle les confients (sur indication de mon guide spirituel qui n’aimait ni le terme "patient" ni celui de "client"). J’apprends à chaque fois, je progresse, je découvre, je rencontre de nouveaux alliés, de nouvelles procédures, et aussi de nouvelles émotions. Il y a dans ces retrouvailles une joie profonde, colossale, infinie, que je n’aurais jamais soupçonnée couver en moi pendant toutes les années ayant précédé ce fameux week-end.

Gratitude infinie !!!
Luce BARRAULT
Janvier 2026
*Pierre n'était pas son vrai prénom. Mais peu importe, n'est-ce pas??



Commentaires